Chanson d'un sans-culotte, sur la prise de Toulon.

Anonymous.

1793.
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Se vend chez le citoyen GOUJON, marchand de musique et de cartes géographiques, grande cour maison Égalité. A PARIS.


SUR L'A I R de la Carmagnole.

Tant d'fier-à-bras qu'en sav' si long, bis.
Ont d'la pele au cu d'vant Toulon ; bis.
V'là donc tous ces fendans
Dehors quand j'somm' dedans,
Chantant la carmagnole,
Dansant au son bis.
Du canon.

Si les Anglais vant' leur valeur,
La nôtre, on l'voit; vaut ben la leur.
Faut ben qu'la trahison
Tremble d'vant la raison
Qui chant' la carmagnole
Et danse au son
Du canon.

Eux ben vêtus, nous mal chaussées !
Eux gras et frais ! nous harassés !
Qui nous consoloit tous
De c' qu'i savions plus qu' nous ?...
L'air de la carmagnole
Qu'on danse au son
Du canon.

Gn'yeÛt-i' que l'espoir d'eun' mention
Inscrite aux fastes d'la nation !

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Gn'ya pas de r'tranchement
Où l'on n'courr' dans l'moment
Chanter la carmagnole,
Danser au son
Du canon.

George, apprenant c'délog'ment-là,
Dit, avec tout l'esprit qu'il a,
« Toulon fut l' prix d'mon or ;
« Faut-i' voir mon trésor
« Danser la carmagnole,
« Partir au son
« Du canon !

« Quat'représentans qu'étoient là,....
« Oh ! l'on n' représent' pas mieux qu'ça.
« En eux l'soldat r'connoît
« Quat' têt' dans un bonnet
« Chantant la carmagnole,
« Le tout au son
« Du canon.

« Robespierre, un d'ces sans-quartier,
« D'la breche à tous ouvre l' sentier,
« Et, pour y voir plus clair,
« Fait faire un feu d'enfer,
« Chantant la carmagnole,
« Grimpant au son
« Du canon.

« Comme i!s frappoient et frappient dru,
« L'pere à Fréron l'y est apparu,
« Disant : Mon bien-aimé !
« Ton zel' m'a ranimé,
« Tout comm' la carmagnole
« T'anim' au son
« Du canon.

« J'fis la guerre aux esprits d'travers ;
« Fais-la toujours aux cœurs pervers !

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« Moi j'vais, avec Marat,
« En l'y apprenant c'combat,
« Chanter la carmagnole,
« Fêter le son
« Du canon.

« Nous v'là, dit George, dans d'beaux draps !
« Pitt ! et j'crois voir c'que tu d'viendras ;
« Ton air tout dépité
« Semble un décapité ;
« Tu crains la carmagnole,
« Et moi, le son
« Du canon.

« C'est vrai, dit Pitt, ces chiens d'Français
« I'compt' leux jours par leux succès.
« Nos ci-d'vant gens de bien,
« Que je payois si bien,
« Tout craint la carmagnole,
« Tout fuit au son
« Du canon.

« Hohenloh', Brunswich et Cobourg,
« Nous mand' qu'ils ont pris tout-à-tour,
« De fiers renseignemens
« Sur les déménag'mens,
« Que press' la carmagnole,
« Le tout au son
« Du canon.

« On les voit tant déménager
« Qu' les traîtres n'os' plus les loger,
« Tant ceux qu'en f'soient les frais
« Craign' d'entendre d'trop près
« L'air de la carmagnole,
« Le tout au son
« Du canon.

« Jusqu'au fin faîte d'un rocher
« L' sans-culott' court au lieu d'marcher ;

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« Sans ch'vaux comm' sans souliers,
« Y traîn' canons, mortiers ;
« Et d'-là la carmagnole,
« Et l'heureux son
« Du canon.

« Le feu qui l's'échausse au Midi,
« Au Nord même i' n' s'est pas r'froidi :
« J'crains qu'un d'leux décadis
« I' n'fass' aux Miladis,
« Danser la carmagnole,
« Le tout au son
« Du canon.

« Rayons, dit George, d'nos écrits,
« Qu' la Montagne enfante eun' souris ;
« Son feu qu'ianim' Paris,
« En ch'minant fait des p'tits
« Qui chant' la carmagnole,
« Et dans' au son
« Du canon.

Aux RÉPUBLICAINS.

Nous, en attendant qu' la raison
Mett' tous les cœurs à l'unisson,
Aux yeux d' la Liberté,
Dont l'arbre est bien planté,
Chantons la carmagnole,
Vive le son
Du canon.

Ou la mort ou l'égalité,
V'là l'vrai serment d'la liberté :
Pour tout Républicain
Point d'parti mitoyen ;
C'est l'vœu qu' la carmagnole
Annonce au son
Du canon.

FIN

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